viernes, 26 de agosto de 2011

Festival de Peralada

Pour fêter dignement les 25 ans de son existence, le festival de Peralada affichait, en ce soir du 13 août 2011, des étoiles espagnoles à la renommée internationale : Alicia Amatriain, Lucia Lacarra et Angel Corella, tous trois accompagnés du Corella Ballet - Castilla y Leon

Cette soirée, volontairement éclectique et de grande qualité, a été dédiée à la mémoire du chorégraphe français Roland Petit, décédé le 10 juillet dernier. 


Alicia Amatriain / Jason Reilly - Photo : Josep Aznar
Les trois étoiles ont interprétées chacune un pas de deux, qui ont été, incontestablement, le must de cette soirée.  Alicia Amatriain accompagnée de Jason Reilly, tous deux "principaux" au ballet de Stuttgart ont interprété Mono Lisa. Sur des effets sonores ordonnés par Thomas Höfs et Itzik Galili, le chorégraphe israélien part du langage académique pour lancer sur scène le corps des deux danseurs avec une énergie époustouflante, différente, qui lui est propre et à partir de laquelle son imagination invente les éléments d'une chorégraphie où les idées fusent à une vitesse hallucinante. Rien n'est commun, ordinaire, attendu. Les bras, les jambes, les corps se ploient, se déploient, se tordent, se tendent en une sorte de mouvement perpétuel dont les péripéties et la prise de risques surprennent, étonnent, séduisent, retiennent sans arrêt l'attention, bousculent la sensibilité. L'utilisation des corps athlétiques d'Alicia et de Jason flirte avec les limites des possibilités humaines. Mais tout cela est naturellement transcendé en un langage totalement artistique et un partenariat exemplaire : les deux interprètes sont superbes, à tous égards.  

Lucia Lacarra / Marlon Dino - Photo : Josep Aznar

Lucia Lacarra, lumineuse, habite sans aucun doute la méditation de Thaïs comme personne. D'aspect presque abstrait, transparent, avec son corps longiligne, ses mouvements fins et raffinés, une technique magnifique, Lucia est une rose pleine d'épines et de senteurs enivrantes, mise en valeur par son partenaire, Marlon Dino. Un pas de deux d'un romantisme et d'une beauté à couper le souffle. Pouvait-on espérer plus beau témoignage à la théâtralité et à la sensualité propres à l'univers de Roland Petit ? 

Petit joyau chorégraphique, Soléa est interprété par Angel Corella et sa soeur, Carmen. Sur la musique flamenca de Ruben Lebaniegos, Maria Pagès, explore au travers d'un phrasé chorégraphique emprunt d'élégance et de pureté, les figures de style de la danse classique et du flamenco. Jeux de poignets, cambrés, pointes frappées en écho au "zapateado", "palmas"… répondent à la virtuosité d'Angel Corella qui se joue de ces métaphores pour le plus grand plaisir des spectateurs. 

A l'issue de ce pas de deux, Madame Mateu a remis, sous les applaudissements châleureux du public, la médaille d'honneur du Festival de Peralada à l'étoile de l'American Ballet Theatre, fondateur et directeur du Corella Ballet - Castilla y Leon.  L'occasion m'a en effet été offerte de découvrir cette jeune compagnie au répertoire déjà vaste et varié, mais essentiellement classique. 

Madame Mateu / Angel Corella
Photo : Josep Aznar

Pour compléter cette série de pas de deux, Natalia Tapia et Dayron Vera, principaux du Corella Ballet se lançaient dans l'exercice de style imposé par le "Grand pas classique" de Gorski sur la musique d'Auber. Si les deux interprètes n'ont pas techniquement démérité, l'élégance et la pureté du style académique français faisaient défaut à cette variation.  

Cette succession de pas de deux était accompagnée de deux oeuvres de style opposé et inscrites au répertoire de la compagnie : Bruch violon concerto num. 1 et DGV, danse à grande vitesse. 
Carmen Corella / Angel Corella  
Photo : Josep Aznar
Clark Tippet a créé ce divertissement néo-classique et coloré pour l'American Ballet Theatre en 1987. Les quatre couples principaux, entourés de seize danseurs, enchaînent des variations certes empruntées au langage classique mais pourtant surprenantes. Les hommes, dédiés aux portés, mettent en valeur la ballerine de façon peu "conventionnelle". Chaque phrase étudie les possibilités que peuvent offrir les pas de deux, tout en rendant une musicalité du geste en parfaite harmonie avec la musique de Bruch. Un régal.  
Avec DGV, créé en 2006 pour le Royal Ballet, l'œuvre de Christopher Wheeldon présente une chorégraphie à la construction très architecturale. Sur la musique répétitive et obsessionnelle de Michael Nyman intitulée MGV (Musique à Grande Vitesse), les danseurs évoluent dans le décor industrialiste conçu par Jean Marc Puissant. Une bordure de métal aux pièces mal ajustées en fond de scène est l'occasion pour les quatre principaux couples d'esquisser respectivement un phrasé minimaliste et esthétisant, qui sera démultiplié par le corps de ballet avec beaucoup de retenue. 

Un bouquet final qui laisse présager un bel avenir artistique à cette jeune compagnie espagnole. Le corps de ballet, enthousiaste, s'est pleinement investi et le plaisir de danser était palpable. Mention spéciale à Aaron Robinson, soliste de la compagnie, transfuge du Ballet Royal de Birmingham, qui se détache par sa plastique parfaite, une technique irréprochable et un ballon généreux.  En ce soir d'août 2011, le public essentiellement catalan, a copieusement remercié les interprètes en leur offrant de nombreux applaudissements et bravo.


Programme :
  • Bruch violin concerto num. 1, Clark Tippet (chorégraphe) ;
  • Grand pas classique, Gorski (chorégraphe) ;
  • Mona Lisa, Itzik Galili (chorégraphe) ;
  • Thais, Roland Petit (chorégraphe) ;
  • Soléa, Maria Pagès (chorégraphe) ;
  • DGV : Danse à grande vitesse, Christopher Wheeldon (chorégraphe).

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