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domingo, 19 de mayo de 2013

La Gioconda - La Danse des Heures / Opéra National de Paris

Loïc le Duc
Angel Corella
en la Danza de las horas de la opera la Gioconda,
representada en el Gran Teatre del Liceu de Barcelona, temporada 2005-2006
Foto : Antoni Bofill


13 mai 2013 : de nombreuses personnalités du monde politique et du show business se bousculent devant les portes d’entrée de l’opéra Bastille, pour assister à la représentation de la Gioconda, seul des onze opéras de l’italien Almicare Ponchielli à être resté à l’affiche jusqu’à nos jours. A cette foule déjà fort nombreuse, s’ajoutent les milliers de spectateurs qui vont suivre, en direct, cette performance diffusée dans près de 300 salles de cinéma en Europe.

L’entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de cette Gioconda est une première dans tous les sens du terme : jamais encore l’œuvre n’avait connu les honneurs d’une scène parisienne, quelques cent trente sept ans après sa création. 

Opéra National de Paris - La Gioconda
Photo : Andrea Messana
Et pourtant, cette Gioconda a déjà perdu sa virginité… sur les scènes italiennes et espagnoles. La production mise en scène par Pier Luigi Pizzi a été donnée en 2005 aux arènes de Vérone, puis reprise et enregistrée au Gran Teatre del Liceu, à Barcelone, avant de sortir l’année suivante en DVD, sans parler des tribulations madrilènes ou romaines. La mise en scène rend hommage à la tortuosité désuète du livret… en trois heures de temps, rien n’est épargné au spectateur : vengeance, poisons, déclarations d’amour, trahisons et poignards. La chanteuse de rues, Gioconda, fille d’une pauvre aveugle, La Cieca, est follement éprise d’Enzo qui aime à la folie Laura, l’épouse d’Alvise Badoero, grand conseiller de l’Inquisition et mari jaloux dont l’espion, l’ignoble Barnaba, est lui-même amoureux de la Gioconda… Quand la passion adultérine est révélée et que tombe la sentence de mort, la Gioconda étouffe sa propre douleur, sauve sa rivale et choisit de mourir pour que les amants puissent vivre.

Opéra National de Paris - Photo : Andrea Messana 
La Danse des heures
Letizia Giuliani / Angel Corella

Pier Luigi Pizzi transpose l’action dans la Venise du XVIIIème siècle, au temps du carnaval, et signe une scénographie élégante et évocatrice d’une lagune grise noyée dans une brume suffocante, jouant de l’ombre et du contre-jour. Les décors, d’une grande sobriété réussissent par quelques ponts, par une gondole, à évoquer la Sérénissime en évitant de sombrer dans le cliché. Au centre de la scène, seul élément du décor stable tout au long de la représentation, un autel anthracite aura différentes fonctions, tantôt meuble liturgique, tantôt couche des amants ou table du sacrifice. Les scènes de foule sont joliment traitées, avec modération et sans ajout de détails inutiles. A l’exception des costumes de la « Danse des heures », le gris, le noir, le blanc et le rouge sont les seules couleurs que l’on verra sur scène, en constante opposition, au milieu desquels tranche le bleu de la robe de Gioconda. Ajouté au travail très soigné des lumières, le spectacle s’avère d’une grande beauté.


Opéra National de Paris - La Gioconda
Photo : Andrea Messana 
D’autant que Violeta Urmana, intensément concernée par son personnage, assure dans les duos et le légendaire air « Suicido ». A ses côtés, Luciana d’Intinio étonne en Laura. Maria José Monteil est une Cieca touchante, à la voix chaude et profonde. Marcelo Alvarez brûle les planches, faisant d’Enzo Grimaldo un être de chair et de sang. Claudio Sgura et Orlin Anastasov déçoivent en Barnaba et Badoero. Daniel Oren, à la tête de l’Orchestre et des chœurs de l’Opéra impose une direction souple, dynamique et sensuelle qui servira les raffinements et beautés orchestrales de cette partition dont le fameux ballet « La Danse des heures » du troisième acte, superbement chorégraphié par Gheorghe Iancu.

Pour illustrer le bal organisé dans le Palais, une débauche de couleurs fait son appartition. Douze ballerines vont servir d'écrin pour mettre en valeur les sensuels et athlétiques Letizia Giuliani et Angel Corella, sérieusement dénudés. 


Opéra National de Paris - Photo : Andrea MessanaLa Danse des heures
Letizia Giuliani / Angel Corella

Parfaite, la Prima ballerina du Maggio Danza entre en scène et assure, sans faute, arabesques pointées, déboulés, grands jetés tout en y apportant son emprunte. Ce n'est ni le bleu ni le rose que l'on attend habituellement d'une ballerine, mais un ton coquille d'oeuf très rare, subtil et distingué. Dès son apparition, Angel Corella éblouit. Il exécute une variation à couper le souffle, avec des sauts complexes mais incroyablement bien exécutés. Doté d'un talent spécifique inégalable, l'ex-danseur Etoile de l'American Ballet Theatre est inclassable. Personne comme lui ne danse tel un chat, avec des élans, des ralentis, des pas rapides et étincelants, des mouvements faits comme des éclairs. La sympathie dont il rayonne quand il danse, sa façon d'attraper le public, d'avoir l'air de dire "Allez ! vous êtes avec moi et on va vivre ça ensemble" sont uniques. 

Ebouriffants, Letizia Giuliani et Angel Corella nous offrent une prestation virtuose et millimétrée d'un niveau technique exceptionnel et remportent un triomphe mérité et châleureux. En fin de soirée, les commentaires élogieux revenaient sur toutes les lèvres des spectateurs de l'opéra Bastille : "Ces deux danseurs sont extraordinaires !", "Ils sont merveilleux !"...



Représentation du 13 mai 2013.
La Gioconda, drame en quatre actes (1876) - Amilcare Ponchielli (1834-1886) 
Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris 

Livret d’Arrigo Boïto d’après Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo 
Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris 
Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris 
Direction : Daniel Oren 

Mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi 
Eclairages : Sergio Rossi 

Chorégraphie : Gheorghe Iancu 
Solistes de la Danse des heures : Letizia Giuliani, Angel Corella


Avec : 
Violeta Urmana (La Gioconda), Luciana D’Intino (Laura Adorno), Orlin Anastassov (Alvise Badoero), María José Montiel (La Cieca), Marcelo Alvarez (Enzo Grimaldo), Claudio Sgura (Barnaba)

viernes, 26 de agosto de 2011

Festival de Peralada

Pour fêter dignement les 25 ans de son existence, le festival de Peralada affichait, en ce soir du 13 août 2011, des étoiles espagnoles à la renommée internationale : Alicia Amatriain, Lucia Lacarra et Angel Corella, tous trois accompagnés du Corella Ballet - Castilla y Leon

Cette soirée, volontairement éclectique et de grande qualité, a été dédiée à la mémoire du chorégraphe français Roland Petit, décédé le 10 juillet dernier. 


Alicia Amatriain / Jason Reilly - Photo : Josep Aznar
Les trois étoiles ont interprétées chacune un pas de deux, qui ont été, incontestablement, le must de cette soirée.  Alicia Amatriain accompagnée de Jason Reilly, tous deux "principaux" au ballet de Stuttgart ont interprété Mono Lisa. Sur des effets sonores ordonnés par Thomas Höfs et Itzik Galili, le chorégraphe israélien part du langage académique pour lancer sur scène le corps des deux danseurs avec une énergie époustouflante, différente, qui lui est propre et à partir de laquelle son imagination invente les éléments d'une chorégraphie où les idées fusent à une vitesse hallucinante. Rien n'est commun, ordinaire, attendu. Les bras, les jambes, les corps se ploient, se déploient, se tordent, se tendent en une sorte de mouvement perpétuel dont les péripéties et la prise de risques surprennent, étonnent, séduisent, retiennent sans arrêt l'attention, bousculent la sensibilité. L'utilisation des corps athlétiques d'Alicia et de Jason flirte avec les limites des possibilités humaines. Mais tout cela est naturellement transcendé en un langage totalement artistique et un partenariat exemplaire : les deux interprètes sont superbes, à tous égards.  

Lucia Lacarra / Marlon Dino - Photo : Josep Aznar

Lucia Lacarra, lumineuse, habite sans aucun doute la méditation de Thaïs comme personne. D'aspect presque abstrait, transparent, avec son corps longiligne, ses mouvements fins et raffinés, une technique magnifique, Lucia est une rose pleine d'épines et de senteurs enivrantes, mise en valeur par son partenaire, Marlon Dino. Un pas de deux d'un romantisme et d'une beauté à couper le souffle. Pouvait-on espérer plus beau témoignage à la théâtralité et à la sensualité propres à l'univers de Roland Petit ? 

Petit joyau chorégraphique, Soléa est interprété par Angel Corella et sa soeur, Carmen. Sur la musique flamenca de Ruben Lebaniegos, Maria Pagès, explore au travers d'un phrasé chorégraphique emprunt d'élégance et de pureté, les figures de style de la danse classique et du flamenco. Jeux de poignets, cambrés, pointes frappées en écho au "zapateado", "palmas"… répondent à la virtuosité d'Angel Corella qui se joue de ces métaphores pour le plus grand plaisir des spectateurs. 

A l'issue de ce pas de deux, Madame Mateu a remis, sous les applaudissements châleureux du public, la médaille d'honneur du Festival de Peralada à l'étoile de l'American Ballet Theatre, fondateur et directeur du Corella Ballet - Castilla y Leon.  L'occasion m'a en effet été offerte de découvrir cette jeune compagnie au répertoire déjà vaste et varié, mais essentiellement classique. 

Madame Mateu / Angel Corella
Photo : Josep Aznar

Pour compléter cette série de pas de deux, Natalia Tapia et Dayron Vera, principaux du Corella Ballet se lançaient dans l'exercice de style imposé par le "Grand pas classique" de Gorski sur la musique d'Auber. Si les deux interprètes n'ont pas techniquement démérité, l'élégance et la pureté du style académique français faisaient défaut à cette variation.  

Cette succession de pas de deux était accompagnée de deux oeuvres de style opposé et inscrites au répertoire de la compagnie : Bruch violon concerto num. 1 et DGV, danse à grande vitesse. 
Carmen Corella / Angel Corella  
Photo : Josep Aznar
Clark Tippet a créé ce divertissement néo-classique et coloré pour l'American Ballet Theatre en 1987. Les quatre couples principaux, entourés de seize danseurs, enchaînent des variations certes empruntées au langage classique mais pourtant surprenantes. Les hommes, dédiés aux portés, mettent en valeur la ballerine de façon peu "conventionnelle". Chaque phrase étudie les possibilités que peuvent offrir les pas de deux, tout en rendant une musicalité du geste en parfaite harmonie avec la musique de Bruch. Un régal.  
Avec DGV, créé en 2006 pour le Royal Ballet, l'œuvre de Christopher Wheeldon présente une chorégraphie à la construction très architecturale. Sur la musique répétitive et obsessionnelle de Michael Nyman intitulée MGV (Musique à Grande Vitesse), les danseurs évoluent dans le décor industrialiste conçu par Jean Marc Puissant. Une bordure de métal aux pièces mal ajustées en fond de scène est l'occasion pour les quatre principaux couples d'esquisser respectivement un phrasé minimaliste et esthétisant, qui sera démultiplié par le corps de ballet avec beaucoup de retenue. 

Un bouquet final qui laisse présager un bel avenir artistique à cette jeune compagnie espagnole. Le corps de ballet, enthousiaste, s'est pleinement investi et le plaisir de danser était palpable. Mention spéciale à Aaron Robinson, soliste de la compagnie, transfuge du Ballet Royal de Birmingham, qui se détache par sa plastique parfaite, une technique irréprochable et un ballon généreux.  En ce soir d'août 2011, le public essentiellement catalan, a copieusement remercié les interprètes en leur offrant de nombreux applaudissements et bravo.


Programme :
  • Bruch violin concerto num. 1, Clark Tippet (chorégraphe) ;
  • Grand pas classique, Gorski (chorégraphe) ;
  • Mona Lisa, Itzik Galili (chorégraphe) ;
  • Thais, Roland Petit (chorégraphe) ;
  • Soléa, Maria Pagès (chorégraphe) ;
  • DGV : Danse à grande vitesse, Christopher Wheeldon (chorégraphe).