Mostrando entradas con la etiqueta Théâtre de Chaillot. Mostrar todas las entradas
Mostrando entradas con la etiqueta Théâtre de Chaillot. Mostrar todas las entradas

domingo, 11 de diciembre de 2011

Impressing the Czar par le Ballet Royal de Flandres

Première « rencontre » entre le directeur de la Forsythe Company et le Ballet Royal de Flandre, Impressing the Czar, ballet en trois actes et cinq tableaux, originellement créé en 1988 par le Ballet de Francfort, connaît une seconde vie grâce à Kathryn Bennetts, autrefois complice du chorégraphe, qui le remonta en 2005 à Anvers. 

Photo : Sébastien Geiger

Impressing the Czar : une histoire comme une bande dessinée grand écran. 


Une scène noire, ouverte comme un cinémascope, où l'or brille partout. Des tentures de couleur bronze deviennent d'étranges costumes baroques, rococo, d'esprit Renaissance sur des femmes grimaçantes, colériques. Des danseurs ont le corps moulé dans des académiques vieux ors mats. A droite, la salle du trône, représentée par un large praticable de bois précieux. Sa pente, légèrement inclinée, décorée comme un échiquier imaginaire, sert de plancher de danse à un groupe de figures d'une autre époque, dans une ambiance décadente, cruellement caricaturée, comme si l'Alice de Lewis Caroll avait pu être transportée avec la Dame de coeur, au travers du miroir, par une machine à explorer le temps.
Mais à la place d'Alice nous découvrons deux jeunes filles de la télévision et M. Pnut (Mikel Jauregui), pauvre niais qui possède tous les canaux télévisés. C'est ce que déclare de façon insistante Agnès (Helen Pickett), jeune fille en tenue d'écolière, à Rodger (Craig Davidson), l'homme robot des médias.

Photo : Sébastien Geiger
Dans la première partie d'Impressing the Czar, sous-titrée la Signature de Potemkine, l'histoire de l'art et de la danse prennent vie pendant une heure et se trouvent convoquées dans un pot pourri de trouvailles. Un homme indique à l'aide d'un trident, des fragments de peintures célèbres et des constructions architecturales, sur un mur d'exposition. Un des frères Grimm (Sébastien Tassin et David Jonathan), tente, par des contorsions très comiques, de prendre, allongé ou debout, la position d'une Vénus de Milo dorée. D'ailleurs, tous les accessoires (boules dorées, grappes de raisins, petits chapeaux comiques de clowns…) réapparaissent d'une manière ou d'une autre au cours des différents actes. 
Cette imposante première partie étourdit. Forsythe réussit avec brio la transition entre le premier et le second acte : les neuf danseurs et danseuses, vêtus d'un collant une pièce vert métallisé, vont se regrouper à la fin de la première partie avec les figures chargées de la représentation historique. A cet instant, une paire de cerises s'élève dans les airs qui, ainsi suspendue, formera l'unique décor du second acte. 

Photo : Sébastien Geiger
In the middle, somewhat elevated, est une confrontation "de maître" entre Aki Saito et Courtney Richardson. Kahtryn Bennetts, directrice artistique de la compagnie belge, obtient d'eux une autre qualité dansée que celle observée chez ceux de l'opéra de Paris. Si ces derniers séduisent par une virtuosité classique agrémentée d'une pointe d'érotisme, les danseurs du ballet royal de Flandres, grâce à la mobilité de leurs corps, font de chaque mouvement comme une attaque, une sorte d'accent tonique à la fluidité du matériau classique. La pièce commence par un choc. La musique de Thom Willems déchire l'espace et installe sa pulsation. Elle ne cessera plus. Les interprètes arrivent, se campent, testent une difficulté, ressortent. Sans un regard pour le public. Une noria ininterrompue de virtuosité sèche et coupante. Un duo, un trio, on ressort. Les bras et les jambes s'étirent, se cassent, se décalent, les pas s'enchaînent à une vitesse éprouvante. Ce marathon d'une demi-heure de danse exquise a, dans Impressing the Csar, la fonction de l'acte blanc dans le ballet classique mais ici, il est démystifié, sans clair de lune ni tutus. Concentration de danse pure qui laisse les nerfs à vifs et le sentiment angoissant d'un monde sans pitié. Très belle ovation rendue par le public de Chaillot, bluffé par tant de virtuosité.

Suit une digression sous forme de comédie : La maison de Mezzo-Prezzo, une curieuse vente aux enchères, menée avec brio par Helen Pickett. Un groupe d'hommes en costumes dorés, porteurs d'accessoires supposés chargés de symboles, fait monter les enchères. Helen Pickett pose, indéfiniment, la question clé de toute la soirée : que peut bien signifier tout cela ? une métaphore ? un rituel ? Ou tout simplement l'agonie de M. Pnut, ce tendre imbécile qui sera finalement victime d'un sombre rituel et finira, inanimé, au sol, alors que les commissaires priseurs plantaient des flèches dorées sur la table à la façon des sorcières plantant des aiguilles dans une poupée ?


Photo : Sébastien Geiger

M. Pnut est au centre d'une danse totémique menée par une horde de collégiennes formée d'une trentaine de danseurs, hommes et femmes, tous vêtus de chemisettes, chaussettes blanches, et jupettes plissées bleu marine, coiffés de perruques coupées au carré au niveau du menton. Ils marchent frénétiquement, les jambes folles, sur les rythmes suggestifs de Tom Willems, la tête rentrée dans des épaules très mobiles. Bongo Bongo Nageela rend une puissance agressive et donne des frissons. Ces écoliers sur scène apparaissent au fur et à mesure de plus en plus monstrueux. La violence des images de Bongo se dissout dans une scène de rêve, lorsque M. Pnut ressuscite dans une faible lumière : M. Pnut goes to the big shop. Il souffle sur le visage d'une des filles, sans un bruit, à l'aide d'une sarbacane de papier jaune. Il reste ainsi comme un pauvre personnage un peu stupide.  

Le public de Chaillot trépigne tant il est enthousiasmé par les plaisanteries subtiles et cruelles de la chorégraphie, par ces images composées de façon surréalistes. Par le vocabulaire de la danse qui va, dans cette pièce, du frétillement délibérément exagéré au néo-classicisme épuré, en passant par la parodie d'un rituel de danse tribale. 
Mais incontestablement, le succès de la soirée revient aux danseurs du Ballet royal de Flandre, époustouflants.


IMPRESSING THE CZAR
Pièce pour 34 danseurs - Représentation du 9 décembre 2012 - Festival d'automne à Paris / théâtre national de Chaillot

Chorégraphie : William Forsythe
Musique : Thom Willems, Leslie Stuck, Eva Crossman-Hecht, Ludwig van Beethoven
Décor : Michael Simon
Costumes : Férial Münnich
Son : Bernhard Klein

Avec les danseurs du Ballet Royal de Flandre et Helen Pickett (artiste invitée)

sábado, 8 de octubre de 2011

Quatre pièces de Trisha Brown

Trisha Brown est un phénomène. Du berceau de l'avant-garde à la Judson Church de New York jusqu'à aujourd'hui, c'est, parmi les postmodernes américains, l'une des créatrices de danse les plus originales. Elle a fécondé l'art avec intelligence, joie du risque, humour, et avec le talent de dominer la pesanteur en s'envolant presque. Son "travelling" durant près de cinquante ans d'histoire de la danse, l'attire toujours sur le terrain de la découverte. Par de remarquables solos et de superbes ensembles, elle continue d'apporter à la danse abstraite de nouvelles sources de mouvement, à dilater les frontières corporelles et spatiales, à ouvrir des dimensions spirituelles, à sensibiliser la perception. Et ceci, non seulement dans le mouvement, l'espace, le temps, mais aussi entre les êtres qui, dans sa compagnie, l'inspirent. 


Née en 1936 à Aberdeen, dans l'état de Washington, Trisha Brown a rejoint le foyer artistique new-yorkais après avoir suivi un atelier d'improvisation de plusieurs semaines auprès d'Ann Halprin, en Californie. Dégaine de garçonne délurée, mâtinée de puritanisme anglo-saxon, Trisha Brown qui fut dans sa jeunesse passionnée d'athlétisme, de basket ou même de football, a conservé toujours en elle cette décontraction franche, très campus américain, que l'on retrouve au plus intime de sa danse. A la Judson Church l'idée même de spectacle faisait figure d'hérésie et parce qu'on ne pouvait alors raisonner qu'en termes de performances, à peine échappée des studios, celle qui a étudié la danse chez Graham, Limon et Cunningham, investira les lieux les plus insolites, c'est à dire les plus improbables. Elle fera marcher ses danseurs sur des murs, à l'horizontale, galoper sur les toits de New York ou léviter sur des pièces d'eau. Dépouillement, recherche de l'inexploré, ou mieux, de l'inaccessible, répétitivité, accumulation du geste comme du verbe, réflexion sur la nature profonde du mouvement, sont alors les maîtres mots de la démarche de Trisha Brown. Ses chorégraphies ont la force jubilatoire d'un précis de liberté. Son oeuvre ne saurait se résumer à une technique ou un vocabulaire. D'une folle musicalité, sa danse est un flot insaisissable de courses suspendues, de chutes inattendues, d'élans joueurs, de prises de risques esquivées. Le mouvement y est en en activité constante, dans une extrême et mobile fluidité de toutes les parties du corps. Une onde de vie traverse en tous sens la danse de Trisha Brown. 

Quatre pièces, dont une première européenne et une création mondiale, pour nous le rappeler. Avec Watermotor, interprété par Neal Beasley, la chorégraphe américaine prend conscience "du pouvoir visuel de la danse". Sans renoncer à la liberté qui fonde son mouvement, elle a su ne pas s'enfermer dans l'austérité d'un avant-gardisme trop radical, en veillant à rendre sa danse plus lisible. Physique, mais tout en "release", le phrasé chorégraphique glisse, imprévisible mais dense et articulé autour de gestes quotidiens. Superbe. 

Neal Beasley

Après le succès de son interprétation de "Pygmalion" (2010), opéra en un acte de Rameau, Trisha Brown a adapté les sections dansées de cette oeuvre complète pour les présenter en tournée aux Etats-Unis et à l'internationale. Cette suite de danses s'intitule Les Yeux et l'âme, variante des paroles prononcées par la statue à Pygmalion quand elle renaît : "Je vois dans vos yeux ce que je ressens dans mon âme". Ce titre reflète les dimensions physiques et spirituelles de la chorégraphie de Trisha Brown. La pièce débute sur deux femmes, harnachées, qui volent au dessus du plateau, illustration du rêve d'apesanteur qui sous-tend les créations de Brown. Musicale.

Etonnante collaboration avec l'artiste japonaise Fujiko Nakaya qui travaille le brouillard, cette pièce mystérieuse est conçue pour quatre danseurs plongés sous un jet de brouillard. Opal Loop/Cloud installation marque un changement important dans la conception de la chorégraphie. Le mouvement reflète l'équilibre délicat de l'air qui entoure les danseurs, dérivant et changeant constamment de forme. Mais surtout, la chorégraphe avait décidé de laisser une plus grande liberté de mouvement à ses interprètes habitués jusque là à reproduire sa propre gestuelle ou à exécuter des consignes précises. Il en résulte un travail tout en décalages donnant à l'ensemble un caractère dispersé et légèrement flottant d'où se dégage la personnalité des danseurs. Déroutant autant que captivant. 


Collaborant pour la scénographie et le concept sonore avec Burt Barr, la dernière pièce de cette soirée, création mondiale intitulée I'm going to toss my arms - if you catch them they're tours, oppose une installation de ventilateurs, illustration de notre ère industrielle, à l'humanité des huit danseurs. Débutant au son émis par les seules machines avant d'être rejoint par la musique d'Alvin Curran qui adoucit cette atmosphère, la pièce développe une langue dansée d'une richesse inouïe. Les danseurs manipulent une personne passive pour lui donner la forme d'un "noeud" et déplacent cette masse sculpturale ailleurs. Mais toujours le mouvement y est comme suspendu dans l'espace, toujours fugitif et volé aux regards, toujours exécuté par des corps étrangement élastiques, où les muscles se bandent comme par enchantement avant de se relâcher avec une indicible souplesse. Ils entretiennent avec le sol une relation familière et distanciée, quasiment désinvolte, qui demeure la griffe reconnaissable entre toutes de Trisha Brown. Etonnant de modernité.

Fête permanente de l'instant et de la durée, jeu infini des corps libres, collision musicale de la forme et de l'abstraction, la danse de Trisha Brown est l'une des plus réjouissantes manifestations de vie, d'intelligence et de malice. Qui nous est donnée de voir à Chaillot. Des personnalités de la danse comme Wilfrid Piollet, Jean Guizérix ou encore le danseur Cédric Andrieux (ballet de l'opéra de Lyon), ont acclamé les danseurs de la compagnie américaine.


Théâtre national de Chaillot
Représentation du jeudi 6 octobre 2011.

Watermotor (1978)
Les Yeux et l'âme (2011 - Première européenne)
Opal Loop/Cloud installation = 72503 (1980)
I'm going to toss my arms - if you catch them they're yours (Création mondiale au théâtre national de Chaillot)